Le lac Albert, partagé par la République Démocratique du Congo (RDC) [46%] et l’Ouganda [54%] est en danger du côté congolais. Ce lac, jadis plus poissonneux en terme de nombre d’espèces aquatiques, risque de devenir une simple piscine sans poisson et rester simplement une voie de communication. Ce lac a perdu plus de 35 espèces depuis 2013, une menace réelle sur l’avenir de ce patrimoine.
Facteurs favorisant la disparition des espèces
Plusieurs facteurs favorisent la disparition des espèces et la rareté des poissons sur le lac Albert. Justin Vaweka, un des experts de la coordination provinciale de l’environnement en Ituri, évoque des questions environnementales sur cette situation.
« L’eau du Lac Albert a augmenté de niveaux. Le lac n’a pas quitté son lit naturel, mais ce sont les personnes qui ont installé des maisons et des champs sur son lit. Il y a des déchets de toutes sortes, des substances chimiques se trouvant dans le lac », a-t-il indiqué.
Le Chef des Travaux et Doctorant à l’université de Yaoundé, Chercheur, expert sur le lac Albert et sur la gestion de l’environnement des écosystèmes aquatiques, Gargy Soheranda note que le lac Albert est en danger avec la détérioration de la qualité des eaux.
» Les causes sont entre autre une surexploitation, la surpêche, les gens pêchent nuit et jour avec des engins de pêche extrêmement prohibés, avec des techniques de pêche prohibées, et le nombre de permis de pêche exagérés. Avec la destruction de l’habitat, ça crée un problème au niveau du lac », a-t-il déclaré.
De la disparition des espèces à la rareté des poissons
Ce lac a connu la disparition de plus de 35 espèces depuis 2013. En 2024, seulement 14 espèces aquatiques ont été retrouvés dans ce lac, regrette le CT Doctorant Jargy Soheranda.
» Les dernières recherches de 2009, 2010 et 2013 ont évoqué 44 espèces, au mois de juin 2024, on a retrouvé difficilement 14 espèces. On va de 50 espèces, on descend à 44, on arrive à 44 espèces, puis 26, en fin 14 espèces. Ce lac n’est plus poissonneux », a-t-il regretté
La rareté de poissons s’observe sur ce lac suite à cette situation. Les entités qui consommaient les poissons venus de ce lac côté congolais, dépendent de l’Ouganda pour s’approvisionner en poisson. Manger un bon poisson est devenu un prestige et la plupart des habitants de la ville de Bunia par exemple, consomment des petits poissons appelés » Miziri ».
Une pêche à cage flottante, une solution palliative
Pour tenter de repeupler ce lac, plusieurs organisations du domaine aquatique préconisent la pêche à cage flottante.
« Nous avons 53 000 alevins pour 4 cages flottantes, c’est déjà une ferme aquatique, c’est un projet unité depuis 1 mois. À 6 mois, il y aura des poissons de 1 kg. Les inondations ne gênent pas les cages flottantes », a fait savoir docteur Dile Dhena expert en aquaculture pour le projet RAD sur le lac Albert.
De son côté, le CT Doctorant Jargy Soheranda note qu’avec les cages flottantes, la pêche devient un élevage des poissons, mais les conditions pour y arriver sont importantes afin que cet élevage soit productif.
» On doit passer de l’état de pêcheur à l’état d’éleveur des poissons. Cet élevage exige quelques conditions: la maîtrise de la gestion du lac et la qualité de l’eau. Si l’eau qui alimente ces cages est polluée, elle a des déchets, alors à quoi bon mettre les poissons dans ces cages ? », S’est il interrogé.
Des recherches empiétées par les groupes armés
Mener des enquêtes sérieuses sur ce lac, est un casse tête. La présence des groupes armés locaux est un danger pour les chercheurs.
« Les études sur la pathologie par exemple n’ont jamais été faites par exemple comme en Ouganda. Le lac est contrôlé par les miliciens FRPI, CODECO dans certaines parties, cela rend difficile sa gestion, les recherches et son avenir », a-t-il regretté.
Que faire pour sauver le lac Albert ?
L’avenir du lac Albert préoccupe plus qu’un citoyen de la province de l’Ituri. Le Forum des Engagés pour le Développement durable, FORED, une organisation de défense de l’écosystème appelle à l’implication de toute la population.
« C’est un devoir de protéger cet écosystème lac Albert, car c’est un patrimoine pour l’Afrique. Personne ne doit rester à côté dans la protection, gestion du lac Albert. Si c’est nous qui sommes les défis pour ce lac, nous pouvons être des solutions », a indiqué John Lufukaribu, directeur exécutif de cette ONG.
La prise de conscience est l’un des outils pour arriver à sauvegarder ce lac, c’est ce que pense le CT Doctorant Jargy Soheranda, comme solution à l’avenir de ce lac.
» Demain on risque de se retrouve avec une piscine pour la nage et pour le transport. Une gestion rationnelle passe par la prise de conscience et la collaboration entre les acteurs du lac Albert », a-t-il déclaré.
Soulignons que lac Albert touche les territoires de Djugu, Mahagi et Irumu en province de l’Ituri.
Joseph Kisuki



